Un meilleur contrôle émotionnel est lié à des bas niveaux de dépression et d’anxiété

La clé d’un contrôle émotionnel sain est d’être plus flexible, d’après une nouvelle étude.

Les gens avec un niveau moins élevé d’anxiété et de dépression ont tendance à varier leurs stratégies de contrôle émotionnel efficacement, et cela dépend de si la situation peut être expliquée.

Le Dr Peter Koval, un des auteurs de l’article a affirmé :

“Nos résultats mettent en garde contre l’approche ‘une seule stratégie s’adapte à tout’, qui pourrait être tentant d’être recommandé si l’on se base sur plusieurs découvertes précédentes  concernant la réévaluation comme une stratégie qui sert à réguler les émotions. Utiliser tout simplement n’importe quelle stratégie de régulation des émotions plus souvent (ou moins) dans toutes les situations peut ne pas amener aux meilleurs résultats. Au contraire, une régulation des émotions appropriée au contexte pourrait être plus sain.”

Pour cette étude, les participants ont été suivis pendant une semaine. On leur a demandé d’indiquer comment ils géraient leurs émotions et dans quelle mesure ils avaient contrôle sur la situation. Les auteurs ont mesuré les niveaux de dépression, de stress et d’anxiété à l’aide de questionnaires afin d’évaluer le bien-être. Ensuite les participants ont répondu à des sondages à partir d’une application (sur smartphone) d’évaluation écologique instantanée – ecological momentary assessment (EMA) -. Cette application permettait aux participants de rendre compte de l’utilisation de la stratégie de réévaluation pendant la journée.

Les individus avec les niveaux les plus hauts en santé mentale tendaient à changer leur stratégie en se basant davantage sur la mesure dans laquelle ils avaient le contrôle. Lorsqu’ils avaient moins de contrôle – en d’autres termes, ils ne pouvaient pas changer les choses – ils avaient tendance à réévaluer la situation.

La réévaluation implique de réfléchir à la situation d’une manière différente. Par exemple, “j’ai été rejeté sentimentalement, mais au moins j’ai essayé, la prochaine fois j’aurai peut être plus de chance”. En revanche, lorsqu’ils avaient plus de contrôle – en d’autres termes, ils pouvaient faire quelque chose par rapport à la situation – ils tendaient à éviter de réfléchir différemment.

L’auteur de l’étude écrit :

“Nous avons trouvé que les gens avec un niveau plus élevé de bien-être augmentaient l’utilisation de la réévaluation lorsque les contextes devenaient moins contrôlables, tandis que les individus avec un bas niveau de bien-être montraient le profil opposé.” La raison pour laquelle la réévaluation est mauvaise lorsque nous avons le contrôle, est qu’elle nous empêche de faire quelque chose par rapport à la situation.

Ils expliquent également que lorsque la situation peut être changée directement, la réévaluation peut compromettre la fonction adaptative des émotions servant à motiver l’action.

Selon cette approche, lorsque la situation peut être changée, il vaut mieux permettre aux émotions – quelles qu’elles soient – de motiver un changement, plutôt que d’essayer de modifier les émotions. En revanche, lorsque la situation ne peut pas être modifiée, il vaut mieux essayer de changer l’émotion.

Il faudra tenir compte des limitations de l’étude. L’une d’entre elles est l’absence d’une échelle spécifique qui mesure le bien-être. Ce concept constitue une partie fondamentale de la psychologie positive. Les auteurs on mesuré les niveaux de dépression et d’anxiété. Cependant, le fait de ne pas présenter des symptômes dépressifs ou anxieux n’implique pas que les individus ressentent du bien-être. Cette idée est présente dans la définition de santé de l’OMS.

Ce facteur pourrait être pris en compte pour des recherches futures. Toutefois, cette étude apporte des données qui rendent compte de l’importance du contexte dans la régulation émotionnelle.

Sources :

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Traiter les pensées négatives indésirables en modifiant les souvenirs ?

La recherche de pointe explore comment les souvenirs peuvent être modifiés après le rappel.

Un espoir pour traiter des pensées négatives indésirables pourrait provenir de nouvelles techniques qui peuvent altérer des souvenirs vifs établis depuis longtemps. Ce type de pensées sont des composantes centrales dans des troubles comme les addictions et le trouble de stress post-traumatique (TSPT).

Dans le TSPT, les individus subissent fréquemment des intrusions provenant de souvenirs traumatisants, par exemple, une accident de voiture ou un autre événement violent. Dans les addictions, le comportement des individus est fortement influencé par des souvenirs de la prise de substances et cela motive des actions futures. Ce sont des versions plus extrêmes de pensées courantes comme des flashbacks de moments embarrassants ou d’autres épisodes douloureux que nous avons expérimentés.

Mais que se passerait-il s’il était possible d’ajuster des souvenirs d’un traumatisme ou d’utilisation de substances ?

Selon une nouvelle review des preuves, publiée dans le journal de Psychiatrie Biologique, il serait possible de cibler plus efficacement une partie du processus d’apprentissage appelé “reconsolidation” (Schwabe et al., 2014).

La figure ci dessous montre le processus typique d’apprentissage, depuis le souvenir initial – par exemple, un événement traumatisant – jusqu’à sa récupération et son altération.

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La reconsolidation est le point où un souvenir stocké est rappelé et, d’après une recherche récente, c’est ici le point où l’on peut intervenir. Pendant la phase de reconsolidation, les souvenirs deviennent particulièrement instables, et donc plus faciles à changer. Des souvenirs pourraient être même modifiés des années après qu’ils aient été initialement fixés.

Cela est effectivement ce que plusieurs thérapeutes essaient de faire lorsqu’ils traitent des patients qui subissent des pensées intrusives indésirables. Les patients sont encouragés à rappeler un souvenir, mais ensuite le thérapeute essaye d’ajuster la réponse à ce souvenir. Malheureusement, le souvenir original est souvent tellement fort qu’il est très difficile de changer la réponse.

Cependant, avec une nouvelle compréhension du rôle de la reconsolidation, il serait possible de rendre ce processus plus efficace. Cela nécessite de lier les connaissances neurobiologiques de la reconsolidation avec des pratiques cliniques quotidiennes.

La recherche chez les individus souffrant d’un TSPT a commencé, toutefois, à montrer que l’utilisation de certaines substances pendant la reconsolidation peuvent aider à anéantir des pensées traumatisantes.  

Le Dr. Lars Schwabe, l’auteur principal de l’étude a affirmé  :

“la reconsolidation en mémoire est sans doute parmi les phénomènes les plus passionnants de la neuroscience cognitive actuelle. Cela suppose que les souvenirs peuvent être modifiés une fois qu’ils sont récupérés, ce qui peut nous donner une grande opportunité de changer de souvenirs indésirables, robusts en apparence”.

Source : article sur le site web Psyblog

Image : Zoltan Horlik

L’antisèche des biais cognitifs

Car réfléchir c’est difficile

Une des premières choses qu’on nous apprend lorsque les cours sur la psychologie commencent, c’est que notre précieux cerveau s’est développé au fil du temps (de l’histoire de l’espèce humaine, plus précisément) pour atteindre sa complexité et sa taille actuelle.

Le cerveau et notamment l’esprit, sont caractérisés par des fonctions qui sont le produit de l’évolution, depuis des processus basiques comme l’attention, la perception ou la mémoire, jusqu’aux processus plus complexes comme le raisonnement ou les fonctions exécutives, qui servent à planifier les conduites, organiser la pensée, contrôler l’attention et réguler les émotions, entre autres.

Lorsqu’on parle de raisonnement, il existe toujours l’idée que la plupart du temps nous sommes des êtres rationnels, réfléchis et que l’on aspire à prendre des décisions avec la patience et la sagesse du bouddha. Mais, la réalité est toute autre.

La complexité et la quantité d’information qu’on trouve dans le monde, ajoutées à la capacité limitée du cerveau à traiter toutes ces informations qui arrivent en permanence ont amené notre cerveau, paresseux mais malin, à créer des raccourcis mentaux, que l’on appelle des heuristiques et des erreurs de raisonnement, A.K.A. -ou connu comme- des biais cognitifs.

Alors, si cela fait partie de notre fonctionnement normal, ce que l’on peut faire pour prendre de meilleures décisions et réfléchir plus efficacement, consiste essentiellement en deux choses :

                       1. ACCEPTATION

                       2. FAIRE AVEC

Mieux l’on connaît le fonctionnement du cerveau, moins on tombe dans les pièges de la pensée. Alors, les biais sont nombreux et si l’on fait une recherche sur Wikipedia, on en retrouve quelques-uns (dans la version française). Alors qu’en anglais on retrouve environ 175 biais. Pas simple à apprendre, vous allez me dire. Mais, voilà quelqu’un qui a rendu le travail plus facile pour nous tous.

Buster Benson, un chef de produit de Slack (une entreprise de télécommunications) a pris la liste de biais de Wikipedia, a fait un peu le ménage et a regroupé les biais dans 20 stratégies mentales que l’on utilise dans le quotidien. Ensuite, il a classé ces 20 stratégies dans 4 groupes d’un niveau supérieur, chaque groupe basé sur le problème que l’on essaye de résoudre. De cette manière il a classé les biais d’une façon beaucoup plus pratique. Ensuite John Manoogian III a créé le poster schématique que vous pouvez regarder en version élargie (et que l’on peut acheter sur ce site)

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http://chainsawsuit.com/comic/2014/09/16/on-research/

Nous les verrons d’une façon descendante : les quatre problèmes basiques que l’on essaye de résoudre sont : “surcharge d’information”, “manque de sens”, “besoin d’agir vite” et finalement “ce dont on devrait se souvenir”. Et à l’intérieur les stratégies que l’on utilise. J’ai cherché tout ce qui était disponible en français, le reste est accessible en anglais.

Problème 1 : surcharge d’information

Il existe beaucoup trop d’information dans l’environnement. nous sommes obligés donc d’en filtrer presque la totalité.  Notre cerveau utilise quelques astuces pour prendre des bribes d’information qui seront probablement utiles d’une façon ou d’une autre.

On retrouve 5 stratégies dans le premier problème :

  • Nous remarquons plus facilement des choses que nous avons déjà en mémoire ou qui se répètent souvent.

En français :  Heuristique de disponibilité, Effet de simple exposition, Oubli de la fréquence de base, Biais d’omission, Effet de vérité illusoire

En anglais : context effect, cue-dependent forgetting, mood-congruent memory bias, Frequency illusion, Baader-Meinhof Phenomenon, Empathy gap, attentional bias

  • Des choses marrantes/farfelues/visuellement saisissantes/anthropomorphiques se distinguent mieux que des choses non farfelues/non marrantes.

En français : l’effet von Restorff, biais de négativité

En anglais : Bizarreness effect, Humor effect,  Picture superiority effect, Self-relevance effect

  • Nous remarquons que quelque chose a changé.

En français : biais d’ancrage, effet de contraste, illusion monétaire, loi de Weber-Fechner

En anglais : Money illusion, Framing effect,  Conservatism, Distinction bias

  • Nous sommes attirés davantage par des détails qui confirment nos croyances existantes.

En français : biais de confirmation, perception sélective, effet de l’expérimentateur/biais d’attente, effet de validation subjective, effet de l’influence continue

En anglais : Congruence bias, Post-purchase rationalization, Choice-supportive bias, Ostrich effect,  Semmelweis reflex

  •  Nous remarquons les défauts chez les autres plus facilement que chez nous-mêmes. 

En français : Biais de la tache aveugle

En anglais : Naïve cynicism, Naïve realism

Problème 2 : pas assez de sens

Le monde est tellement déroutant, que l’on finit par en voir juste une petite partie de laquelle on a besoin de tirer du sens afin de survivre. Une fois que le flux d’information qui a été réduit rentre, nous connectons les points, nous comblons les vides avec des choses que nous connaissons déjà, et nous mettons à jour nos modèles mentaux du monde.

On retrouve 6 stratégies dans le deuxième problème :

  • Nous retrouvons des histoires et des modèles, même avec des données insuffisantes.

En français : Illusion des sériesErreur du parieur, Corrélation illusoire,  paréidolie,  anthropomorphisme

En anglais : Confabulation, Insensitivity to sample size, Neglect of probability, Anecdotal fallacy, Illusion of validity, Masked man fallacyRecency illusion, Hot-hand fallacy

  • Nous comblons des caractéristiques avec des stéréotypes, des généralités, et des histoires du passé lorsque il y a des instances spécifiques ou des trous dans l’information

En français : erreur fondamentale d’attribution, stéréotype, essentialismecroyance en un monde juste, biais d’autorité, effet de mode, effet placebo

En anglais :  Group attribution error, Ultimate attribution errorFunctional fixedness, Moral credential effect, Argument from fallacy,  Automation bias

  • Nous imaginons mieux des choses et des gens que l’on aime bien, que des gens qui ne sont pas familiers ou que l’on aime moins. (Similaire à l’antérieur mais avec des suppositions sur la valeur et la qualité de ce que l’on évalue)

En français : effet de halo

En anglais :  In-group bias, Out-group homogeneity bias, Cross-race effect, Cheerleader effect, Well-traveled road effect, Not invented here, Reactive devaluation, Positivity effect

  • Nous simplifions des probabilités et des nombres afin qu’ils soient plus faciles à traiter. 

En français : comptabilité mentale, loi de Murphy, le nombre magique 7 + – 2

En anglais : Normalcy bias, Appeal to probability fallacy, Subadditivity effect, Survivorship bias, Zero sum bias,Denomination effect

  • Nous croyons savoir ce que les autres pensent.  Cela amène à penser que les autres savent les mêmes choses que nous. Il s’agit de modéliser leur esprit en fonction du nôtre.

En anglais :  Curse of knowledge, Illusion of transparency, Spotlight effect, Illusion of external agency, Illusion of asymmetric insight, Extrinsic incentive error

  • Nous projetons notre état d’esprit et nos suppositions au passé et au futur. 

En français : biais rétrospectif

En anglais : Outcome bias, Moral luck, Declinism, Telescoping effectRosy retrospection, Impact bias, Pessimism bias, Planning fallacy, Time-saving bias, Pro-innovation bias, Projection bias, Restraint bias, Self-consistency bias

Problème 3 : besoin d’agir vite

Nous sommes limités par le temps et l’information, et pourtant on ne peut pas laisser cela nous paralyser. Sans la capacité d’agir vite face à l’incertain, nous aurions certainement péri en tant qu’espèce depuis très longtemps. Avec chaque bout d’information nouvelle, on doit faire en sorte de faire le mieux pour évaluer notre capacité d’influencer la situation, de l’appliquer à des décisions, de pouvoir simuler le futur afin de prédire ce qui pourrait arriver par la suite, et d’agir d’une autre manière avec notre nouvelle perspective.

On retrouve 5 stratégies dans le troisième problème :

  • Afin de pouvoir agir, nous avons besoin d’avoir confiance en notre capacité d’avoir un impact et de croire que ce que nous faisons est important. 

En français : biais égocentrique, biais de désirabilité sociale, effet barnum, effet de faux consensus, effet Dunning-KrugerBiais d’autocomplaisance, erreur fondamentale d’attribution

En anglais  : Overconfidence effect, Optimism bias, Third-person effect, Illusion of control,  Hard-easy effect, Illusory superiorityLake Wobegone effect,  Defensive attribution hypothesis, Trait ascription biasEffort justification, Risk compensation, Peltzman effect

  • Afin de rester focalisés, on privilégie ce qui est immédiat, et ce à quoi on peut s’identifier plutôt que ce qui est différé et distant de nous.

En français : argumentum ad novitatem

En anglais : Hyperbolic discounting, Identifiable victim effect

  • Afin de pouvoir finir des tâches, nous sommes plus motivés à compléter des choses dans lesquelles on a déjà investi du temps et de l’energie.

En français : Coût irrécupérableAversion à la perte, Effet IKEAEffet de dispositionAversion à la dépossession, Biais de confirmation

En anglais : Irrational escalation, Escalation of commitment Processing difficulty effect, Generation effect, Zero-risk bias, Unit bias, Pseudocertainty effect, Endowment effect

  • Afin d’éviter des erreurs, nous sommes plus motivés à garder notre autonomie et notre statut dans un groupe, et à éviter des décisions irréversibles.

En français : Réactance (psychologie)Psychologie inversée

En anglais : System justification, Decoy effect, Social comparison bias, Status quo bias

  • Nous privilégions des options qui paraissent simples ou qui présentent des informations plus complètes sur des options  plus complexes et ambiguës.

En français : Loi de futilité de Parkinson, Biais de représentativité, Rasoir d’Ockham

En anglais :Ambiguity bias, Information bias, Belief bias, Rhyme as reason effect, Delmore effect,Less-is-better effect

Problème 4 : ce dont on devrait se souvenir 

Il y a beaucoup d’information dans l’univers. On a constamment besoin de faire des paris et des échanges avec ce que l’on essaye de se souvenir et ce qu’on oublie. Par exemple, on préfère des généralisations à des informations spécifiques car elles prennent moins de place. Lorsqu’on ne peut pas réduire la quantité de détails que l’on perçoit, on choisi les items les plus saillants, on les garde et on se débarrasse du reste. Ce que l’on garde ici, c’est ce qui va plus probablement informer le filtre attentionnel lié au problème 1 de surcharge d’information, ainsi que nous informer sur ce qui vient à l’esprit pendant les processus qui arrivent dans le problème 2 des informations incomplètes. C’est ce que l’on appelle l’auto-renforcement.

On retrouve 4 stratégies dans le quatrième problème :

  • On édite et on renforce certaines informations après le fait. Pendant ce processus des souvenirs peuvent prendre de la force, perdre des détails,  ou être inter-changés.

En français : Cryptomnésie, Faux souvenirs, Suggestion

En anglais : Misattribution of memory, Source confusion, Suggestibility, Spacing effect

  • On rejette des informations spécifiques pour générer des généralités. En conséquence on voit apparaître des associations implicites, des préjugés et des stéréotypes.

En français : Préjugé, biais de négativité

En anglais : Implicit associations, Implicit stereotypes, Stereotypical bias, Fading affect bias

  • On réduit des événements et des listes à leurs éléments essentiels, qui vont représenter le tout.

En français : Effet de désinformationEffet de longueur de la listeEffet de primautéEffet de récence, effet de position sérielle

En anglais :  Peak–end rule, Leveling and sharpening, Duration neglect, Modality effectMemory inhibition, Part-list cueing effect, Suffix effect

  • On stocke des souvenirs différemment selon la façon dont on l’a expérimenté. Le cerveau garde des informations qui semblent importantes sur le moment, mais cela peut être affecté par d’autres circonstances, qui n’ont pas beaucoup à voir avec les informations elles-mêmes.

En français : Mot sur le bout de la langue

En anglais : Levels of processing effect, Testing effect, Absent-mindedness, Next-in-line effect, Tip of the tongue phenomenon, Google effect

Source : Buster Benson sur le site web Better Humans : Cognitive bias cheat sheet.

A vous de jouer !

Courir plusieurs lièvres

Córdoba, Argentine. 2008. Un étudiant en psychologie cours dans les couloirs de l’université avec les larmes aux yeux, en bousculant tout le monde au passage et en récoltant des insultes à droite et à gauche. Midi fait déjà partie du passé et il vient d’arriver au campus, mais il doit repartir, il le faut. Ce qui s’est passé, c’est qu’il n’a pas pu échapper aux lois de la thermodynamique, et après avoir passé tout le matin à recopier ses notes pendant qu’il regardait ses mails, il répondait aux questions posées par sa famille, il faisait le planning du mois et citait un article scientifique pour un TD, il a décidé de faire du maté pour se détendre… Ce qui s’est terminé par une théière immobile qui a bouilli pendant 50 minutes (Cet événement se traduisant en un remerciement aux voisins qui l’ont appelé pour le prévenir d’une toute petite odeur de fumée…).

Oh, multitâche… Combien de théières tu as liquidé…

« Harder, better, faster, stronger » chante Daft Punk. Et ce temps où nous habitons – plus du côté des « Jetson » que du côté des « Pierrafeu » – nous rappelle que nous avons oublié une idée centrale. Car s’il y a quelque chose que nous désirons à l’heure actuelle, c’est « Harder, better, faster, stronger » mais également TOUTENMÊMETEMPS-er; car aujourd’hui, avoir à effectuer plus de deux activités en même temps fait partie du quotidien.

La réalité montre qu’une multitude d’événements se produisent en parallèle dans la vie de tous les jours, et qu’ils ont tous besoin d’attention immédiate, parce que ÉVIDEMMENT tout est pour tout de suite, cela inclut les 76 messages des groupes de WhatsApp, les notifications de Twitter, et ces 8 vidéos de petits chats dont l’on ne peut se passer. Sans parler du coup de main que nous donnent les entreprises qui semblent être tout le temps en train d’inventer quelque chose pour exercer eux-mêmes la sélection naturelle. S’il on avait déjà des vidéos d’un idiot qui s’enfonçait contre une colonne en jouant au jeu des serpents et en marchant, vous pourriez imaginer ce qui va se passer avec le casque de réalité virtuelle.

Normalement on appelle « multitâche » le fait d’exécuter plusieurs tâches en simultané, mais cette définition est assez vague, notamment car il existe des façons distinctes de superposer des activités. On va dire que ce n’est pas la même chose d’appeler « multitâche » manger du chewing-gum en marchant, que de faire du pogo et une circoncision en même temps. Alors, nous commencerons par le définir en termes cognitifs (plus précisément attentionnels). Nous appellerons donc « multitâche » le fait d’exécuter plusieurs tâches mentales qui possèdent une charge de superposition assez élevée quant aux ressources cognitives qu’elles consomment (comme par exemple écouter de la musique et avoir une discussion avec quelqu’un).

Ce qui semble banal quand on parle de « multitâche » peut jouer un rôle clé, surtout car ce mot a été métabolisé par notre jolie société de consommation, productive et impulsive, qui assume que quelqu’un qui est « fort en multitâche » est capable de produire plus lorsqu’il fait beaucoup en même temps, et qu’il est même capable de brasser plusieurs problèmes parallèlement. Spoiler alert : Non, cela n’arrive pas.

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Compte tenu de cette situation, aujourd’hui c’est un beau jour pour faire une seule chose à la fois : réfuter complètement cette théorie par le biais des dernières découvertes en neurosciences, sans oublier que « dernières découvertes en neurosciences » est une autre construction un tout petit peu plus mal utilisée que l’idée de multitâche.

Quand je ne suis pas en train de brûler des théières, j’aime bien discuter avec mes amis. Dans ce cas là, le besoin de démystifier l’idéal de multitâche est né d’une conversation avec un de mes amis qui était en train de passer des entretiens pour aller travailler à l’étranger. Lorsque mon ami est arrivé pour réviser les questions possibles de l’entretien, nous étions surpris de trouver – et pas car il allait travailler comme rabbin dans des concerts- l’énorme quantité de fois où il était demandé « Êtes-vous capable de travailler sur plusieurs choses parallèlement ? » ou « Avez-vous été dans la situation de résoudre plus d’un problème en même temps ? », « Comment avez-vous fait ? ». Encore une fois, l’idée que l’on peut travailler dans plusieurs activités d’un seul coup est imposée comme une utopie pour l’employeur, qui pourrait aussi bien remplacer les chaussures des employés par des patins pour faire le ménage pendant qu’ils vont chercher un café.

En premier lieu, tout indique que nous n’avons pas été sélectionnés pour être obligés de faire deux activités en même temps et moins encore nous avons des garanties pour dire que nous allons exécuter les deux tâches de manière efficace (nous avons effectivement quelques signes qui montrent que l’on peut faire l’aller-retour entre deux tâches sans beaucoup de coût -cognitif, bien entendu- mais c’est un peu : soutenir l’attention sur une tâche, exécuter l’autre, retourner à la première). Deuxièmement, la chute des balles dans le jonglage est définitivement plus probable avec quatre ou cinq tâches qu’avec deux. Qu’est-ce que l’on veut dire par ceci ? Qu’à chaque activité simultanée que l’on ajoute le débit d’information qui arrive au cerveau augmente, et oh surprise ! c’est un système qui ne peut gérer qu’une quantité finie d’éléments.

Toutefois, le danger apparaît lorsque nous sommes en train de gérer des tâches de manière indépendante, et qui sont en train d’avancer de façon ordonnée, super cool, et juste là, d’un coup survient un appel insolent de Skype qui n’a aucun problème à pousser ce paragraphe que tu étais en train de très joliment écrire en toute concentration, à l’abîme des choses que tu vas oublier à jamais. Dans les mots d’Homer, « chaque bout d’information nouvelle pousse quelque chose de vieux en dehors, comme la fois où j’ai pris un cours sur les vins et j’ai oublié comment conduire ». Il est important de comprendre cette petite perle de sagesse, pas en termes d’apprentissage ou de mémoire, mais plutôt en termes attentionnels, et cela est central : le multitâche porte sur la quantité de tâches que nous pouvons exécuter « en même temps », et à ce « en même temps » on a mis des guillemets TRÈS non anodin.

La plupart des fois où nous nous disons en train de faire du multitâche -où que quelqu’un d’autre le fait-, ce qui se déroule en réalité est un processus séquentiel. C’est-à-dire, nous ne sommes pas en train de faire plusieurs choses en même temps, mais nous passons d’une tâche à l’autre, ce qui est couramment appelé TASK SWITCHING dans les neurosciences.

Ce processus que nous imaginons en parallèle et multi-rail est en effet un couloir étroit où les choses passent une par une, et les réorganiser n’est pas gratuit. Alors, chaque changement ou switch de tâche entraîne un certain coût cognitif, car au cerveau on ne lui a pas fait de cadeau. Dans la plupart des scénarios possibles, la productivité se réduit en fonction du nombre de changements ou switches qui se sont déroulés; en prenant en compte que, lorsque la tâche devient de plus en plus complexe, la productivité diminue de plus en plus selon l’arrivée de chaque changement.  Cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas des tâches plus « compatibles » d’aborder en parallèle, ou qu’il n’existe pas des gens qui sont plus forts en termes de « switch » (c’est-à-dire, des gens pour lesquels le coût de réorganiser l’attention est mineur), cependant, l’idée du « tout en même temps » continue à être une illusion.

La triste vérité est que la quantité de tâches que nous entreprenons de façon effective et efficace ne fait pas honneur à notre idée qui préconise que nous sommes tous des dieux de la productivité -sauf pour quelques personnes particulières– et que nous sommes capables de bien faire notre boulot pendant que nous écoutons le dernier album de Bowie, nous buvons du maté, nous lisons toutes les newsletters qui arrivent dans la boîte mail et nous répondons à un commentaire parmi les millions de réseaux sociaux auxquels nous sommes connectés tout le temps, pendant que nous essayons de faire tout ce tas de choses en même temps. En effet, nous tous qui sommes dans la trentaine, nous sommes la première génération qui s’est confrontée de manière si décisive à cette infime capacité de résister aux stimuli nouvOHHHHH UN PETIT OISEAUUUUUU.

L’inhibition de stimuli (non pertinents) est un processus qui fait partie des fonctions exécutives (avec capital dans le lobe frontal). Pour retrouver ce centre de contrôle, il suffit de prendre l’index (en fait, n’importe quel doigt, mais l’index marche très bien) et se gratter le pli du front. Cela fait trop info-pub des années ‘60, mais c’est là. (« Attends une seconde, Nick !! est-tu en train de me dire que c’est juste là où l’on trouve plusieurs choses qui font de nous des êtres humains ???? Tout à fait, Jenny !! »).

Cette partie du cerveau est relativement la plus récente en termes d’évolution. C’est justement ici où l’on trouve plusieurs des comportements caractéristiques de l’être humain : l’inhibition sociale, la prise de décision, la planification d’actions futures, le contrôle de l’action motrice, l’inhibition de stimuli non pertinents, l’attention, la mémoire de travail, la pensée abstraite, etc. C’est essentiellement ce qui -si l’on est en bonne santé- fait qui nous ne baissons pas notre pantalon dans la rue, que nous ne tapons pas quelqu’un qui n’est pas d’accord avec nous, que nous ne votons pas pour Donald Trump, ou encore que nous ne demandons pas catégoriquement au chauffeur du bus de le conduire à sa place.

Les fonctions d’inhibition de stimuli non pertinents et la planification sont dans ce cas là les plus intéressantes, car elles permettent de pouvoir mettre en œuvre des schémas d’action futures à partir d’un objectif défini. Par exemple, disons que l’on veut acheter une voiture. Tout ce qui suit ce raisonnement, c’est de la planification : quel sera le montant des échéances pour le crédit, combien vont-ils me reprendre mon ancienne voiture, combien d’échéances il me restera à payer, si je n’ai pas assez d’argent je pourrais travailler davantage, etc. Et de tout cela découle la conclusion, qui est une autre fonction du lobe frontal : la prise de décision. C’est-à-dire, la planification est à l’origine de la prise de décision. Chez les patients avec des atteintes frontales, notamment des hypoperfusions frontales (absence d’irrigation sanguine dans ce secteur) on voit des difficultés dans la prise de décision, la planification, l’empathie, la mémoire de travail; etc.

Mais, à quoi sert-elle l’inhibition ? et bien, avec la pensée abstraite (interprétation des modèles de langage complexe, les métaphores, concepts de caractère non matériel, etc) elles nous aident à accomplir deux choses :

  1. Faire une analyse appropriée des situations : l’inhibition donne suite au raisonnement complexe. Cela veut dire que la première impulsion humaine est une impulsion sans analyse, une impulsion brute, dans laquelle les comportements des autres nous provoquent juste certaines sensations de nature instinctive. L’inhibition permet de freiner ces impulsions et nous donne de la place pour interpréter les actions et les intentions d’autrui d’une manière davantage rationnelle. J’avais vu un patient hospitalisé après avoir eu un traumatisme cranio-cérébral (TCC) avec un trouble de l’inhibition -comme tous les patients atteints d’un TCC- et à chaque fois qu’une infirmière venait pour lui faire une injection, où qu’un médecin passait le voir, il avait tendance à les taper sans même dire un mot. Comme un chien qui se sent menacé et essaye de mordre… la même chose arrivait avec ce patient-là (parfois littéralement).
  2. Soutien des processus attentionnels (apprentissage, concentration) : Normalement, lorsque nous travaillons ou exécutons des activités qui nécessitent une certaine quantité de concentration, nous nous appuyons sur des processus inhibitoires, mais POURQUOI ? Pendant que nous travaillons il y a un tas de choses qui se passent autour de nous, des gens qui parlent, des téléphones portables qui sonnent, des collègues qui nous distraient, des questions posées à une autre personne, etc. Tous ces phénomènes fonctionnent comme des stimuli non pertinents, des événements auxquels on ne devrait pas faire attention puisque notre concentration est focalisée ailleurs. A ce moment-là on est en train d’inhiber des stimuli non pertinents, on accorde la priorité à chacun des événements qui se succèdent et on les inhibe.

Sans un bon fonctionnement frontal, c’est l’environnement qui détermine ce qui passe et ce qui ne passe pas par cet entonnoir limité attentionnel et on finit par être des esclaves du milieu, en laissant la distraction prendre le relais et piloter ce catamaran (?), à la place de la concentration qui devrait être responsable.

Tout cela ne veut pas dire que nous soyons complètement incapables d’exécuter plusieurs tâches en parallèle, mais que l’on devrait probablement apprécier un peu moins la capacité de faire beaucoup en même temps et apprécier un peu plus la capacité à élaborer des schémas d’action basés sur des priorités, ce qui permet la concentration sur une tâche spécifique. Un petit peu de planification et d’introspection, sans rien casser, que cela plaise ou non à mon ami et au mec des ressources humaines qui est fan du mot « multitâche ».

Une fois compris cela, ce qui me reste à faire et à comprendre, c’est d’abord si l’Univers est capable de détester quelqu’un et notamment s’il me déteste. Car en étant si concentré pour écrire cet article, je néglige tout stimulus externe, y compris des odeurs et des bruits, jusqu’à ce qu’ils dépassent mon seuil d’attention urgent et j’arrête tout pour répondre à un appel et je m’aperçois que la maison est pleine de fumée, encore une fois, et cette fois-ci je ne peux pas blâmer le multitâche mais l’inhibition frontale, cet alter-ego qui, par excès ou par défaut, détruit toutes mes théières.

Références de l’auteur : 

Source :  Article original rédigé par Rafael Agustin Aguero Sancho pour le site web El Gato y La Caja

Addictions : Ce n’est pas la substance, c’est le contexte

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Lorsque l’on parle de  drogue, il est commun d’observer que la plupart des discours mettent l’accent sur le phénomène de l’addiction. Il est fréquent de trouver ce type de discours non seulement dans les médias, mais aussi dans des contextes académiques cliniques et expérimentaux, ce qui a fait de l’addiction le personnage principal dans l’histoire des drogues.

Une grande partie du discours actuel sur les addictions repose sur deux éléments. Le premier d’entre eux : la drogue. Il est évident que sans les drogues il n’est pas possible de développer une addiction. Le deuxième : l’action des drogues sur le cerveau. En effet, il semble que le cerveau – et l’approche biologique sur laquelle s’appuie son explication – est à la fois nécessaire et suffisant pour expliquer le développement de l’addiction.

Mais, dans quelle mesure ces affirmations sont-elles correctes ? L’addiction, est-elle un voyage sans retour dans lequel une substance psycho-active modifie le cerveau de façon à ce qu’il n’y ait pas de retour ? En dépit des efforts de quelques théoriciens pour créer des représentations certainement romanesques, telle que la métaphore qui raconte que les substances psycho-actives kidnappent  le circuit de récompense du cerveau (Flores y Fernández, 2011Becoña y Cortés, 2011), nous vous proposons une vision intégrale du phénomène de l’addiction, basée sur le modèle bio-psycho-social ou bio-comportemental (Secades-Villa, García-Rodríguez, Fernández-Hermida y Carballo, 2007), bien que nous sachions que pour établir le poids de chacun des facteurs proposés, la généralisation ne fonctionne pas. La seule manière d’expliquer le maintien d’un comportement d’addiction est en s’occupant du cas du sujet particulier et les circonstances historiques, contextuelles et culturelles qui entourent sa prise de substances. Autrement, nous pourrions tomber dans un réductionnisme peu utile pour expliquer un phénomène complexe.

  1. La substance

Certes, sans consommation de drogues il est impossible de développer une addiction aux drogues. À cet égard, nous disposons de preuves qui suggèrent que compte tenu de la pharmacocinétique et de la pharmacodynamique de chacune des substances, il existerait des formules et des voies d’administration avec un potentiel plus important pour développer une dépendance,  et par conséquent, un syndrome de sevrage. Rappelons que le syndrome de sevrage est l’un des facteurs de risque le plus importants qui sert à expliquer le maintien d’une addiction, puisque l’auto-administration d’une substance, dans ce cas là, aurait par fonction la fuite du malaise qui engendre le syndrome, et serait donc, renforcée négativement, ce qui aurait par effet le maintien du comportement.

Des moyens d’administration qui provoquent des sensations intenses de plaisir – flash dans l’argot héroïnomane (Hidalgo, 2007) mais qui durent très peu, auraient un potentiel plus important de provoquer de la consommation plus compulsive et plus fréquente. Ces voies d’administration sont souvent la voie intraveineuse et la voie respiratoire (fumer).

Cependant, ni la voie d’administration ni la drogue ne suffisent par elles-mêmes pour expliquer le développement des conduites addictives. Par exemple, il existe des prévisions qui montrent que, de toutes les personnes qui commencent la consommation de substances, seulement une petite partie d’entre elles développe une addiction (Frenk, 2002). Pourquoi, s’il s’agit de la même substance et la même voie d’administration ?

Cela suggère que l’on peut identifier des profils généraux sur le potentiel addictif d’une substance, mais que cette information ne permettra pas de prédire le développement des événements dans des cas particuliers des personnes qui commenceront à consommer une substance particulière.

  1. L’individu

Parler de la personne qui réalise l’action de consommer une substance psycho-active suppose d’accepter la complexité à laquelle nous faisons face au moment de conceptualiser l’addiction. Non seulement car le sujet est un organisme biologique complexe mais aussi parce qu’en outre, il possède des schémas de comportement qu’il est nécessaire d‘étudier.

Dans cette catégorie, nous pourrions inclure un ensemble d’éléments qui vont non seulement interagir entre eux, mais également avec des éléments d’autres catégories. Nous comprenons que les explications causales sont beaucoup plus séduisantes, faciles à comprendre et qu’elles semblent mieux correspondre à un modèle typique de science. Toutefois, comme toutes les explications dans les sciences du comportement ne sont pas de type causal, il est aussi nécessaire d’ajouter des approximations de type relationnel. Dans cet esprit, pour expliquer l’origine et le maintien de l’addiction, il faudrait  prendre en compte une série de facteurs qui interagissent de façon dynamique et dont le poids variera en fonction du sujet particulier et des circonstances qui l’entourent :

  • La prédisposition biologique 

Au cours de ces dernières années, on a accumulé une quantité remarquable de données et de connaissances par rapport à l’action des différentes substances psycho-actives dans les systèmes biologiques de l’organisme. Suite aux découvertes de la neuroscience, de la psychopharmacologie, et de la pharmacologie du comportement, on a pu décrire des effets psycho-actifs, des effets secondaires et différents types de tolérance, entre autres sujets liés aux substances. Concernant l’addiction, il est assez clair que la plupart de la consommation des substances implique de manière directe ou indirecte le neurotransmetteur dopamine dans différentes régions et voies du cerveau, notamment les aires mésolimbiques et mésocorticales (Coromina, Roncero, Brugera y Casas, 2007). D’un point de vue biologique, la dopamine jouerait un rôle important dans les comportements de recherche de substances (l’aspect motivationnel) et au début de la consommation, dans le renforcement de ce comportement.

Néanmoins, ne tombons pas dans le sophisme méréologique (Perez, 2011) : Bien que le cerveau soit une partie de l’organisme fortement impliquée dans les conduites addictives, ce n’est pas le cerveau qui interagit avec la substance et les circonstances qui entourent la consommation, c’est l’organisme en entier qui le fait.

  • La prédisposition psychologique

Quelque chose qui peut bien caractériser le comportement des organismes, est le fait d’être historique (Kantor, 1975). Cela veut dire que les objets et les situations avec lesquels l’organisme va interagir tout au long de sa vie, vont se doter des significations ou fonctions spécifiques qui conditionneront les interactions futures.

La façon avec laquelle une personne entre en contact ou maintient une relation avec une substance, sera en partie déterminée par un style comportemental qui s’est développé tout au long de la vie comme résultat des interactions entre l’organisme et l’environnement ou le contexte. Ce style comportemental est généralement dénommé « personnalité ».

Mais également, on pourrait inclure ici un ensemble de prédispositions psychologiques dont la présence ou l’absence peut faciliter ou non la consommation, ou que cela se transforme en une consommation à faible ou haut risque : les expectatives par rapport aux conséquences de la consommation (Christiansen, Smith, Roehling, y Goldman, 1989), les valeurs (Megías et al., 2000), et les habilités sociales (Rhodes y Jason, 1990), seraient des exemples de prédisposition psychologique.

  •  Le contexte

Concernant le contexte, il est important de tenir compte non seulement des caractéristiques de l’entourage dans lequel la consommation se produit, mais aussi des différentes lois qui opèrent dans l’acquisition et le maintien des comportements. Et justement la consommation des substances est l’une d’entre elles. En premier lieu, nous devons dire que la recherche basique a historiquement négligé l’importance de l’entourage au moment d’expliquer le développement des conduites addictives. Les expériences classiques relatives aux substances au niveau basique ont consisté en l’isolement des différents organismes (des rats, des chats, des singes…) dans des boîtes d’expérimentation en utilisant des procédures d’auto-administration (Kamenetzky y Mustaca, 2004) dans lesquelles on donne aux animaux le choix entre de l’eau et de la drogue. Dans la plupart des cas les organismes préfèrent évidemment, la drogue.

Ces résultats, qui sont nombreux et incontestables, ont servi aussi bien pour donner des explications sur le phénomène des addictions que pour générer des discours politiques et sociaux, souvent biaisés et exagérés, selon l’opinion de l’auteur, dans lesquels on peut voir affirmer, par exemple, que la personne qui a tout simplement quelques contacts avec la diacétylmorphine (héroïne), sera contrainte de rentrer dans une escalade de consommation irrémédiable. Toutefois, le professeur émérite de l’Université de Vancouver Bruce Alexander a été le premier à remarquer l’importance fondamentale qu’avaient l’environnement ou l’entourage où les expériences avec des animaux et des substances avaient été réalisées (197819811982). Nous n’allons pas nous attarder sur les travaux qui ont été réalisés entre 1978 et 1982 et qui ont été connus comme le « Rats Parks », mais dans ces travaux, Alexander et ses collaborateurs fournissaient un environnement fortement enrichi de stimulation aux rats (des roues, des portées, d’autres rats, un vaste espace pour bouger, etc.) en même temps qu’ils leur donnaient le choix entre auto-administration de morphine et de l’eau.

Comparativement aux rats logés dans des boîtes typiques d’expérimentation, les rats provenant de l’environnement enrichi préféreraient davantage l’eau à la morphine. Alexander (1978) a proposé l’hypothèse selon laquelle la disponibilité des stimuli appétitifs et du renforcement réduisaient l’intérêt du rat pour la morphine. Pourrait-on extrapoler cette explication au cas des êtres humains et à la relation entre certains contextes appauvris et la consommation problématique des substances ? Probablement.

Nous arrivons ici au deuxième point et à l’importance du processus de renforcement qui permet la consommation des substances. Si quelque chose a été démontré dans des recherches issues de l’analyse expérimentale du comportement d’une part, et des neurosciences d’autre part, c’est que la plupart des substances psycho-actives ont le potentiel de renforcer la conduite de consommation. Cependant, nous avons essayé dès le début de postuler que l’addiction ne peut pas être expliquée seulement par un processus dans lequel la substance est l’agent causal de l’addiction. A ce sujet, nous ne pouvons pas dire que la consommation soit toujours un processus renforçant car cela dépend des relations complexes qui s’établissent entre les variables très diverses et idiosyncratiques des prédispositions de l’organisme et du contexte que nous avons évoqué au début de l’article, ainsi que du pouvoir renforçant que détient la consommation de drogue. Mais ce pouvoir renforçant est variable et dépendant des différentes relations qui vont s’établir entre les divers facteurs dont nous avons parlés.

En conséquence, et nous allons conclure, il ne s’agit pas d’un individu vicieux, déviant ou malade, ce n’est pas la substance, que cela soit du tabac, du vin ou de l’héroïne ; ce n’est pas non plus le contexte appauvri, enrichi, demandant ou encore insuffisamment stimulant. Nous nous osons à suggérer qu’il s’agit de la relation qui s’établit entre tous les éléments de forme unique, et nous soulignons unique, pour chaque individu avec son histoire comportementale. Cette relation va déterminer les possibilités que se produise ou non le développement de conduites addictives.

Alors, ce n’est pas la substance, c’est le contexte.

Source :  Article original rédigé par Carlos Moratilla Díaz pour le site web Rasgo Latente

Que diable sont les thérapies de troisième vague ?

 

Depuis quelques années, on a commencé à entendre dans les forums psychologiques les mots « thérapies de troisième vague » (ou même thérapies de troisième génération), mais rarement il est clairement décrit à quoi référent ces termes. Et ben, non, la troisième vague n’a rien à voir avec la psychologie appliquée au surf.

D’après les mots de Steven Hayes (un des psychologues à l’origine de la thérapie d’acceptation et d’engagement) : « Lorsque des nouvelles approches émergent et qu’ils sont difficiles à classifier, il est possible que le champ en lui-même soit  en train d’être réorganisé. Cela est déjà arrivé en thérapie comportementale. Il semble que cela arrive encore une fois » (Hayes, 2004)

C’est pourquoi « troisième vague » réfère à un groupe de thérapies comportementales qui partagent un certain esprit de l’époque, une approximation à la souffrance humaine et à l’utilisation de certaines interventions et procédures. Le terme a été popularisé par Hayes dans le but de regrouper des perspectives similaires qui sont apparues  simultanément dans le champ des thérapies comportementales. Elle est « troisième » car elle fait référence donc, à deux mouvements similaires dans  le développement thérapeutique, qui ont eu lieu au préalable pendant le XXème siècle, mouvements dont nous parlerons dans quelques instants, attendez, s’il vous plaît.

Avant de pouvoir continuer, il est nécessaire de clarifier : Tout d’abord, le terme ne reflète pas un consensus : par exemple, Adrian Wells, qui est à l’origine de la Thérapie Métacognitive, ainsi que Marsha Linehan qui est à l’origine de la Thérapie Dialectique Comportementale, ne considèrent pas que leurs modèles fassent partie de la troisième vague, mais qu’ils sont comme des extensions de la Thérapie Cognitivo-Comportementale (Hofmann & Asmundson, 2008). Alors, nous ne parlons pas d’un club, mais d’une dénomination utile pour regrouper certaines approches thérapeutiques. Deuxièmement, parler de troisième vague ne veut pas dire que les développements précédents soient démodés ou qu’ils aient été surpassés, mais plutôt qu’elle désigne une expansion, un prolongement naturel du champ d’étude.  De ce fait, depuis ces dernières années, il y a eu une tendance à remplacer la dénomination « troisième vague » par « thérapies contextuelles cognitivo-comportementales » (Hayes et al, 2010) un terme plus descriptif et précis, mais tellement affreux à utiliser que dans cet article nous continuerons de parler de « troisième vague », terme qui en plus sonne plus cool.

La première vague

La première vague en thérapie comportementale est apparue comme l’extension clinique de la recherche expérimentale dans les principes basiques de l’apprentissage. La thérapie comportementale, selon Yates (1970, citation adaptée) peut se définir comme :

« La tentative d’utiliser systématiquement le corps de connaissance empirique et théorique qui est le résultat de l’application de la méthode expérimentale en psychologie et des disciplines liées pour expliquer la genèse et le maintien des conduites dysfonctionnelles à travers des études de cas expérimentales contrôlées »

C’est-à-dire, les premières interventions dans la thérapie comportementale sont apparues comme résultat de l’application de principes de l’apprentissage établis en laboratoire, et non d’observations ou de spéculations cliniques. En conséquence, la thérapie comportementale rejeta au début toute théorisation ou intervention qui n’était pas assez spécifique, qui était vague, ou avec peu d’emphase sur la recherche des processus basiques. Bien que cela ait donné comme résultat le développement d’applications dans la clinique qui étaient très efficaces, l’inconvénient fut que les sujets considérés comme trop subtiles, complexes ou vastes furent relégués au deuxième plan. L’approche était directe et la méthodologie thérapeutique incluait souvent des instructions explicites pour les patients. Les domaines les plus connus de ces méthodologies étaient le travail avec des enfants, des personnes avec des troubles du développement et les problèmes davantage liés au conditionnement direct, tel que le cas des phobies spécifiques.

Il convient de clarifier ici que contrairement à ce que l’on pense normalement, les premiers modèles comportementaux incluaient les conduites internes dans leurs formulations, l’inconvénient fut que les conduites observables eurent un statut privilégié au détriment des conduites internes. Cela s’observe dans les sujets traités dans la plupart des publications de l’époque et dans la carence d’interventions cliniques dans ce domaine.

La deuxième vague

La première vague fut fortement modifiée lors de l’apparition des méthodes cognitives. Le langage, et notamment les pensées, qui avaient été relégués pendant la première génération des thérapies comportementales, ont occupé une place centrale avec l’avènement des thérapies cognitives (TC).

Les modèles cognitifs, en opposition aux modèles précédents, sont apparus plus proches de la clinique que de la recherche en science. Il y a eu une approche plus pratique et directe à la cognition. La thérapie cognitive a ajouté les pensées irrationnelles, les schémas cognitifs pathologiques ou  « des styles non adaptatifs du traitement de l’information » comme cible à modifier.

L’hypothèse centrale sous tous les modèles de thérapie cognitive est l’idée que les réponses comportementales et émotionnelles sont fortement influencées par les cognitions et les perceptions, par conséquent, la modification de ces cognitions et perceptions serait la cible primaire des thérapies cognitives. Selon Aaron Beck, un des représentants principaux du modèle des thérapies cognitives :

« La thérapie cognitive peut se définir comme l’application du modèle cognitif dans un trouble particulier au travers de l’utilisation d’une variété de techniques conçues pour modifier les croyances dysfonctionnelles et le traitement erroné de l’information qui est caractéristique de chaque trouble » (Beck, 1993, c’est nous qui soulignons)

Autrement dit, modifier le contenu ou la fréquence des cognitions a été le moyen privilégié pour obtenir un changement dans le comportement.

Les TC (la dénomination “TCC” est plus commune : thérapies cognitivo-comportementales) ont reçu un incroyable élan en termes de popularité et de recherche ces derniers 25-30 ans.  Différents protocoles d’intervention pour plusieurs troubles psychologiques ont été créés, et la recherche a continué d’être fortement présente, mais est passée de la recherche des processus basiques à la recherche clinique.

Éventuellement, certaines anomalies sont apparues par rapport aux mécanismes de changement postulés, ainsi que des limitations ou de l’inflexibilité dans l’approche de certains sujets se référant à la condition humaine.

Nous ne parlerons pas de ces anomalies ici, mais le lecteur curieux peut consulter l’article de Longmore & Worrell (mais vous ne me trompez pas, personne n’ira voir ce lien)

La troisième vague

Que ce soit le résultat d’un esprit d’époque, ou le résultat des anomalies empiriques ou théoriques des traditions précédentes, ces les 20 dernières années, on a vu apparaître un bon nombre de thérapies qui partagent des caractéristiques communes. Bien qu’il n’y ait pas un consensus complet sur quelles thérapies appartiennent à la troisième vague et lesquelles ne le font pas, nous offrirons un tour d’horizon général.

Sigles

  • MBSR : Mindfulness-based Stress Reduction – Réduction du Stress Basée en Mindfulness
  • MBCT : Mindfulness-based cognitive therapy – Thérapie Cognitive Basée en Mindfulness
  • MBRP : Mindfulness-based Relapse Prevention – Prévention de Rechutes Basée en Mindfulness
  • MCT : Meta-cognitive therapy – Thérapie Méta-cognitive
  • BA : Behavioral Activation –Activation Comportementale
  • MI : Motivational Interviewing – Entretien Motivationnel
  • IBCT : Integrative Behavioral Couples Therapy – Thérapie Comportementale Intégrative de Couple
  • FAP : Functional-analytic psychotherapy – Psychothérapie Analytique Fonctionnelle
  • DBT : Dialectical Behavioral Therapy – Thérapie Comportementale Dialectique
  • ACT : Acceptance and commitment therapy – Thérapie d’Acceptation et d’Engagement

Ces modèles partagent les caractéristiques suivantes :

Méthodes et principes contextuels

Les thérapies de troisième vague envisagent le contexte et la fonction des événements psychologiques telles que les pensées, les sensations et les émotions, à la place de viser le contenu, la validité, l’intensité ou la fréquence de ces événements.

Par exemple, les psychologues à l’origine de MBCT (Thérapie Cognitive Basée en Mindfulness) ont dit :

« A la différence de la TCC, la MBCT ne vise pas à changer le contenu des pensées, mais il s’agit plutôt de mettre l’accent sur le changement de perception et la relation avec les pensées »

Well, à l’origine de la MCT (Thérapie Métacognitive), l’exprime d’une autre façon :

« La TCC se consacre à tester la validité des pensées (…) la MCT se consacre surtout à modifier la façon dont les pensées sont expérimentées et régulées »

Un chemin similaire de pensée peut être retrouvé dans presque toutes les thérapies de troisième vague : l’accent n’est pas mis sur le changement du contenu des expériences internes (que ce soit les émotions, les pensées, les sensations, etc.) mais sur la modification de leurs fonctions, au travers de la modification du contexte dans lequel ils ont lieu.

Nous pouvons ébaucher une analogie : Ce n’est pas la même chose de regarder un film d’horreur dans un hangar abandonné, un dimanche à 3h du matin, que de le regarder dans un parc rempli de gens à 14h. Au-delà du film (son contenu), qui reste tout à fait le même, le changement du contexte permet qu’on l’expérimente d’une façon non menaçante. C’est la même approche que l’on prend par rapport aux contenus internes : on change le contexte pour changer leur fonction, pour qu’ils ne soient pas des obstacles.

Construction de répertoires étendus de conduite

Contrairement aux modèles précédents, les approches de troisième vague mettent l’accent sur la construction des ensembles de compétences qui peuvent être utilisées dans des situations différentes : réguler ses émotions, faire face aux pensées d’une manière différente, s’entraîner sur la flexibilité de son attention, etc. Cela a permis de ne plus s’intéresser à une approche syndromique et à l’élimination de symptômes, et de la remplacer par des nouveaux apprentissages, des nouvelles compétences potentiellement applicables à chaque situation nouvelle.

Applicables au psychothérapeute, et non seulement au patient

Une autre caractéristique des modèles de troisième vague est qu’ils demandent au psychothérapeute d’explorer les mêmes principes qui vont être travaillés avec le patient. Dans certaines approches il est incontournable pour le psychothérapeute de passer par le même processus par lequel  le patient passera (par exemple, la MBSR ou la MBCT requièrent une pratique personnelle du psychothérapeute) tandis que dans d’autres, l’application au psychothérapeute est issue de la théorie même (par exemple, l’ACT énonce que les mêmes principes applicables au patient, sont applicables au psychothérapeute).

Utilisation des outils de la TCC et d’autres approches

Comme nous l’avons expliqué plus haut, la « troisième vague » n’est qu’une extension, et non un surpassement ni une déclaration qu’auparavant tout était pire, et en tant que tel, on continue à utiliser des procédures de la TCC traditionnelle qui font partie des lots d’interventions. Enregistrement de pensées, techniques d’exposition, apprentissage de compétences ; etc. sont inclus dans les nouvelles approches, même s’il y a deux différences principales :

  • Des procédures qui n’ont pas un bon support expérimental sont abandonnés, telles que la restructuration cognitive, l’auto-affirmation, etc.
  • Une autre conséquence est que les thérapies de troisième vague ont une approche éclectique en ce qui concerne aux techniques, (et non à la théorie) : étant donné que l’objectif est fonctionnel, n’importe quelle intervention qui permette de modifier le contexte d’un contenu interne peut être utilisée. Ainsi, ces modèles ont emprunté (oui, du type d’emprunt qu’on ne rend jamais) des interventions gestaltiques, humanistiques, existentielles, psychodramatiques, etc. Et ils ont réadapté les principes théoriques et empiriques qui les soutiennent.

Abordage des sujets complexes

Cette caractéristique est peut être la plus difficile à argumenter, mais une révision de la littérature montre que le foyer d’intérêt de ces approches est davantage étendu que celui des traditions précédentes. Par exemple, un des principaux ouvrages de la Psychothérapie Analytique Fonctionnelle (FAP) a comme titre « Amour, courage et béhaviorisme » ; le premier article scientifique publié par Hayes sur certains contenus de l’ACT est publié en 1984 et il parle du « soi » et de la spiritualité. L’objectif principal de la Thérapie Comportementale Dialectique (DBT) est de construire « une vie qui vaut la peine d’être vécue ». De la même manière, on retrouve souvent des publications et des recherches qui se consacrent aux valeurs, au sens, à la spiritualité, la conscience, l’acceptation, la compassion, l’engagement, etc.

Résumé

Les thérapies de troisième vague offrent différentes perspectives sur la souffrance humaine et sur la manière de parvenir à avoir une vie qui ait du sens pour l’individu. Bien qu’il s’agit de thérapies peu connues (dans notre entourage et dans le monde entier), depuis ces dernières années elles ont commencé à acquérir plus de force et de présence dans les médias. Cet article tente de présenter une perspective générale de ce que diable sont ces thérapies et cette troisième vague, et qui est impliqué dans cette affaire.

 Article original écrit par Fabián Maero pour le site Psyciencia

Méditation et exercice physique : un traitement contre la dépression

Des chercheurs de l’Université de Rutgers, New Jersey, USA, ont montré qu’une thérapie basée sur une combinaison d’exercice physique et de méditation, aide à réduire certains symptômes de la dépression.

La dépression, une maladie handicapante, caractérisée par une incapacité à porter son attention, à se concentrer et à prendre des décisions, est liée en autres, à un déficit de contrôle cognitif qui entraîne d’autres symptômes caractéristiques, dont la rumination, définie comme la récupération et la répétition mentale de souvenirs autobiographiques sur des problèmes passés et présents.

Il a déjà été montré dans des modèles animaux que des événements stressants diminuent la naissance des neurones, tandis que l’exercice physique en produit, au niveau de l’hippocampe, une partie du cerveau qui agit sur l’acquisition et le maintien des différents types d’apprentissage. Plusieurs études ont montré aussi que les individus qui subissent un Episode Dépressif Majeur (EDM) possèdent un volume réduit de l’hippocampe. Ce qui serait lié au bas contrôle cognitif et au taux élevé des ruminations.

Ces chercheurs ont fait l’hypothèse que le MAP training (Meditation and Physical training) aiderait les participants de cette expérience à réduire les ruminations, et à avoir plus de contrôle cognitif. Pour tester cela, ils ont demandé aux 52 participants dont 22 étaient des individus diagnostiqués avec un EDM, et 30 individus sans la maladie, de s’engager dans une intervention neuro-comportementale, pendant 8 semaines, qui consistait à faire 30 minutes d’un exercice de méditation appelé Attention Focalisée, qui fait partie des thérapies de Mindfulness et qui consiste à focaliser l’attention sur la respiration. Lorsque l’attention se déviait sur des problèmes présents ou passés, on demandait aux participants d’y faire attention et de revenir sur la respiration. Ensuite, ils faisaient 30 minutes d’exercice de type aérobic d’intensité modérée.

Les résultats ont montré une réduction des ruminations de 40% pour les participants avec un EDM. Les participants n’ayant pas le trouble, ont aussi montré une réduction significative des symptômes dépressifs. Les deux groupes de participants on montré aussi une réduction des pensées négatives liées au passé et un meilleur contrôle cognitif.

Cette étude rapporte que ces deux formes de thérapies comportementales combinées peuvent être utilisées tout au long de la vie, avec beaucoup de bénéfices et aucun effet secondaire profond, comme c’est le cas de certains médicaments pour la dépression. Cela ne veut pas dire que le MAP training peut remplacer une thérapie médicamenteuse, mais qu’il constitue un bon complément. De plus, le MAP training peut être utilisé par la population générale, comme dévoilé lors de la réalisation de cette étude.

 Source : 10.1038/tp.2015.225 « MAP training: combining meditation and aerobic exercise reduces depression and rumination while enhancing synchronized brain activity »