Un meilleur contrôle émotionnel est lié à des bas niveaux de dépression et d’anxiété

La clé d’un contrôle émotionnel sain est d’être plus flexible, d’après une nouvelle étude.

Les gens avec un niveau moins élevé d’anxiété et de dépression ont tendance à varier leurs stratégies de contrôle émotionnel efficacement, et cela dépend de si la situation peut être expliquée.

Le Dr Peter Koval, un des auteurs de l’article a affirmé :

“Nos résultats mettent en garde contre l’approche ‘une seule stratégie s’adapte à tout’, qui pourrait être tentant d’être recommandé si l’on se base sur plusieurs découvertes précédentes  concernant la réévaluation comme une stratégie qui sert à réguler les émotions. Utiliser tout simplement n’importe quelle stratégie de régulation des émotions plus souvent (ou moins) dans toutes les situations peut ne pas amener aux meilleurs résultats. Au contraire, une régulation des émotions appropriée au contexte pourrait être plus sain.”

Pour cette étude, les participants ont été suivis pendant une semaine. On leur a demandé d’indiquer comment ils géraient leurs émotions et dans quelle mesure ils avaient contrôle sur la situation. Les auteurs ont mesuré les niveaux de dépression, de stress et d’anxiété à l’aide de questionnaires afin d’évaluer le bien-être. Ensuite les participants ont répondu à des sondages à partir d’une application (sur smartphone) d’évaluation écologique instantanée – ecological momentary assessment (EMA) -. Cette application permettait aux participants de rendre compte de l’utilisation de la stratégie de réévaluation pendant la journée.

Les individus avec les niveaux les plus hauts en santé mentale tendaient à changer leur stratégie en se basant davantage sur la mesure dans laquelle ils avaient le contrôle. Lorsqu’ils avaient moins de contrôle – en d’autres termes, ils ne pouvaient pas changer les choses – ils avaient tendance à réévaluer la situation.

La réévaluation implique de réfléchir à la situation d’une manière différente. Par exemple, “j’ai été rejeté sentimentalement, mais au moins j’ai essayé, la prochaine fois j’aurai peut être plus de chance”. En revanche, lorsqu’ils avaient plus de contrôle – en d’autres termes, ils pouvaient faire quelque chose par rapport à la situation – ils tendaient à éviter de réfléchir différemment.

L’auteur de l’étude écrit :

“Nous avons trouvé que les gens avec un niveau plus élevé de bien-être augmentaient l’utilisation de la réévaluation lorsque les contextes devenaient moins contrôlables, tandis que les individus avec un bas niveau de bien-être montraient le profil opposé.” La raison pour laquelle la réévaluation est mauvaise lorsque nous avons le contrôle, est qu’elle nous empêche de faire quelque chose par rapport à la situation.

Ils expliquent également que lorsque la situation peut être changée directement, la réévaluation peut compromettre la fonction adaptative des émotions servant à motiver l’action.

Selon cette approche, lorsque la situation peut être changée, il vaut mieux permettre aux émotions – quelles qu’elles soient – de motiver un changement, plutôt que d’essayer de modifier les émotions. En revanche, lorsque la situation ne peut pas être modifiée, il vaut mieux essayer de changer l’émotion.

Il faudra tenir compte des limitations de l’étude. L’une d’entre elles est l’absence d’une échelle spécifique qui mesure le bien-être. Ce concept constitue une partie fondamentale de la psychologie positive. Les auteurs on mesuré les niveaux de dépression et d’anxiété. Cependant, le fait de ne pas présenter des symptômes dépressifs ou anxieux n’implique pas que les individus ressentent du bien-être. Cette idée est présente dans la définition de santé de l’OMS.

Ce facteur pourrait être pris en compte pour des recherches futures. Toutefois, cette étude apporte des données qui rendent compte de l’importance du contexte dans la régulation émotionnelle.

Sources :

Publicités

Traiter les pensées négatives indésirables en modifiant les souvenirs ?

La recherche de pointe explore comment les souvenirs peuvent être modifiés après le rappel.

Un espoir pour traiter des pensées négatives indésirables pourrait provenir de nouvelles techniques qui peuvent altérer des souvenirs vifs établis depuis longtemps. Ce type de pensées sont des composantes centrales dans des troubles comme les addictions et le trouble de stress post-traumatique (TSPT).

Dans le TSPT, les individus subissent fréquemment des intrusions provenant de souvenirs traumatisants, par exemple, une accident de voiture ou un autre événement violent. Dans les addictions, le comportement des individus est fortement influencé par des souvenirs de la prise de substances et cela motive des actions futures. Ce sont des versions plus extrêmes de pensées courantes comme des flashbacks de moments embarrassants ou d’autres épisodes douloureux que nous avons expérimentés.

Mais que se passerait-il s’il était possible d’ajuster des souvenirs d’un traumatisme ou d’utilisation de substances ?

Selon une nouvelle review des preuves, publiée dans le journal de Psychiatrie Biologique, il serait possible de cibler plus efficacement une partie du processus d’apprentissage appelé “reconsolidation” (Schwabe et al., 2014).

La figure ci dessous montre le processus typique d’apprentissage, depuis le souvenir initial – par exemple, un événement traumatisant – jusqu’à sa récupération et son altération.

reconsolidation1

La reconsolidation est le point où un souvenir stocké est rappelé et, d’après une recherche récente, c’est ici le point où l’on peut intervenir. Pendant la phase de reconsolidation, les souvenirs deviennent particulièrement instables, et donc plus faciles à changer. Des souvenirs pourraient être même modifiés des années après qu’ils aient été initialement fixés.

Cela est effectivement ce que plusieurs thérapeutes essaient de faire lorsqu’ils traitent des patients qui subissent des pensées intrusives indésirables. Les patients sont encouragés à rappeler un souvenir, mais ensuite le thérapeute essaye d’ajuster la réponse à ce souvenir. Malheureusement, le souvenir original est souvent tellement fort qu’il est très difficile de changer la réponse.

Cependant, avec une nouvelle compréhension du rôle de la reconsolidation, il serait possible de rendre ce processus plus efficace. Cela nécessite de lier les connaissances neurobiologiques de la reconsolidation avec des pratiques cliniques quotidiennes.

La recherche chez les individus souffrant d’un TSPT a commencé, toutefois, à montrer que l’utilisation de certaines substances pendant la reconsolidation peuvent aider à anéantir des pensées traumatisantes.  

Le Dr. Lars Schwabe, l’auteur principal de l’étude a affirmé  :

“la reconsolidation en mémoire est sans doute parmi les phénomènes les plus passionnants de la neuroscience cognitive actuelle. Cela suppose que les souvenirs peuvent être modifiés une fois qu’ils sont récupérés, ce qui peut nous donner une grande opportunité de changer de souvenirs indésirables, robusts en apparence”.

Source : article sur le site web Psyblog

Image : Zoltan Horlik

Les gens “ouverts”, ont-ils un cerveau plus connecté ?

La relation entre la personnalité et le fonctionnement cérébral est un sujet central en psychologie. Selon Lewis Goldberg et son modèle empirique des « big five » (les grands cinq), 5 dimensions permettent de décrire la personnalité : la conscience, l’extraversion, l’agréabilité, le névrosisme et l’ouverture. C’est cette dernière dimension qui a été testée dans une étude réalisée en Italie. Les chercheurs visaient à montrer qu’il existe une relation entre la connexion des régions mésocorticales et ce trait de personnalité.

L’ouverture peut être définie comme la curiosité intellectuelle de l’individu, et inclut des traits comme la recherche de sensations nouvelles, la créativité et la capacité à être influencé par l’expérience sensorielle. Ce qui ferait que les personnes avec ce trait seraient décrites comme plus « perméables » aux stimuli saillants.

circuit DA
La voie mésocorticale

Quelques auteurs ont proposé que cette dimension est associée à la voie mésocorticale, qui comprend l’aire tegmentale ventrale (ATV) dont les axones projettent sur le cortex frontal, ventral, sur le gyrus cingulaire antérieur, et le cortex préfrontalCette voie joue un rôle dans la concentration et dans des fonctions exécutives comme la mémoire de travail. La dopamine (DA) qui est sécrétée dans cette zone a un rôle majeur dans le codage, le maintien et la mise à jour des informations importantes pour des comportements adaptatifs, et plus généralement, pour orienter l’attention vers les stimuli saillants.

Dans cette étude, après avoir répondu au questionnaire NEO-PI-R (Revised NEO Personality Inventory) qui mesure ces 5 dimensions de la personnalité, l’activité cérébrale des 46 participants à été mesurée à partir d’IRMf (Imagerie par résonance magnétique fonctionnelle). Tout d’abord les participants étaient au repos dans le scanner, ensuite on leur présentait des stimuli olfactifs (odeurs agréables) et finalement, des stimuli visuels (photographies de nourriture).

Les résultats de cette étude montrent que le trait de personnalité « ouverture » est associé par une corrélation positive à l’activation de certaines régions du cerveau. Notamment, lorsque les participants avaient des scores plus élevés au questionnaire mesurant l’ouverture, on retrouvait plus de connexions dans la voie mésocorticale.

Selon les auteurs, une hypothèse possible est que l’augmentation des messages entre ces aires réduirait le seuil de traitement de l’information chez les personnes dit « ouvertes » et cela les rendrait plus « perméables » aux stimuli, leur permettant de montrer un grand éventail d’intérêts, une imagination active et des niveaux hauts de curiosité et de créativité.

Cette étude pourrait être un premier pas pour comprendre comment ces traits de personnalité sont liés aux troubles pathologiques, tel que la mania.  Un trouble caractérisé par un style de personnalité créatif et ouvert d’esprit.

Sources : article publié par Marisa Fernandez dans Psyciencia

doi:10.1016/j.neuroimage.2014.09.017 «Increased functional connectivity within mesocortical networks in open people»

Une machine qui reconnaît des émotions ?

Dans la littérature scientifique est largement apparue l’idée que le cerveau est le siège, non seulement de la pensée rationnelle, mais aussi des réactions émotionnelles. Une façon de rendre compte de cette activité est l’étude des réponses physiologiques que donnent les individus dans une situation qui provoque des émotions.

L’électroencéphalogramme (EEG) montre l’activité électrique du cerveau, qui est mesurée en cinq types d’ondes différentes (gamma, beta, alpha, thêta, et delta) liées aux différentes quantités d’activation et aux différents processus qui se déroulent dans le cerveau lors du traitement de l’information. Cet outil est utilisé dans le domaine de « l’informatique affective du cerveau» (brain-affective computing) qui vise à déceler les états émotionnels à partir de mesures neurophysiologiques pour améliorer l’interaction entre les ordinateurs et les êtres humains.

Jusqu’à présent, des études ont mesuré l’activité du cerveau dans des réactions émotionnelles sur une base de mesures uniques pour chaque participant, ce qui ne permettait pas de conclure si cette activité évoluait au fil du temps. Cela change avec l’apport des chercheurs de l’université Shanghai Jiao Tong, qui ont identifié différents schémas de fonctionnement cérébral liés aux émotions, à partir de plusieurs enregistrements d’EEG pour chaque participant.

 Ils ont demandé aux 15 participants de l’étude de regarder 3 fois un extrait de film associé aux émotions positives, négatives ou neutres, chaque visionnage avec un intervalle d’une semaine ou plus. Ils ont mesuré l’activité cérébrale en utilisant un casque avec 62 électrodes et un enregistrement des visages des participants. Après visionnage, ces derniers devaient aussi répondre à un questionnaire en reportant  leurs réactions émotionnelles aux vidéos.

Les résultats montrent, à partir d’une machine qui utilise un algorithme d’analyse de données, que les réactions émotionnelles positives, neutres et négatives sont stables dans le temps et liées aux différentes parties du cortex et aux différentes fréquences d’activité. Les chercheurs ont trouvé que pour les émotions positives, les lobes temporaux latéraux s’activent pour les ondes beta et gamma. Pour les émotions neutres, ce sont les lobes pariétaux et occipitaux qui s’activent pour les ondes alpha. Tandis que pour les émotions négatives, les lobes pariétaux et occipitaux s’activent pour les ondes delta, et les lobes préfrontaux pour les ondes gamma.

Le champ d’application est vaste, depuis des ordres donnés par des patients avec de sévères troubles de la motricité directement à des machines, en passant par des thérapies comme le neuro-feedback où le patient apprend à réguler ses états émotionnels à l’aide d’une interface, jusqu’aux jeux vidéo, où les personnages réagissent aux états émotionnels des joueurs.

Il reste encore beaucoup de chemin à parcourir dans la compréhension des émotions. Pour le futur, les chercheurs veulent inclure dans leurs expériences des facteurs comme l’âge, le sexe, et la culture.

Source : arXiv:1601.02197v1 « Identifying Stable Patterns over Time for Emotion Recognition from EEG »